Y’a certaines phrases qui m’ont marqué plus que d’autres. Elles ont influé sur ma pratique de la médecine parce qu’elles me bouleversent, qu’elles transmettent un message qui fait réfléchir sur ma pratique et sur nous même…
Ces patients, ces hommes, ces femmes, je les remercie de ce qu’ils ont fait pour moi malgré ce que j’ai pu leur faire, ou pas faire d’ailleurs…
Aux urgences, cette vénérable patiente qui vient sur ces deux jambes
pour un tableau évoquant une embolie pulmonaire. Le scanner montre une
dissection aortique. Je vais lui expliquer qu’on va la transférer en
SAMU.
“Est ce que je vais mourir docteur?”
Je n’étais même pas docteur, je ne le savais pas, et je ne m’était pas non plus préparer à lui annoncer…
En pédiatrie, cette adolescente qui venait pour des douleurs abdominales. Elle avait un cancer métastasé. Je n’ai pas pu lui annoncer. Le traitement de la NEM a été lourd et plutôt efficace:
“L’interne qu’on a vu aux urgence, il n’est plus là? J’aurai aimé le remercier”.
Je ne savais pas, je n’étais pas présent quand on lui a annoncé, ni quand on l’a traité, ni quand elle a eu les effets secondaires. Mais il semble que pour elle, je l’étais.
A l’hôpital, cette femme qui doit être hospitalisée pour
une anomalie pulmonaire avec une lyse costale. On ne lui a encore pas
expliqué que ce n’était pas une infection, on ne lui a pas encore
expliqué qu’elle allait être transférée en onco-pneumologie:
“Vous savez ce que c’est? j’espère tellement que ce n’est pas un cancer…”
Je ne savais pas comment lui dire, c’était ma première annonce, je n’était pas assez préparé.
En ville, cette demoiselle qui avait un retard de règles de 7 jours et qui m’interroge pour des saignements bizarres qui sont repartis aussi vite qu’ils sont apparus. On a diagnostiqué une fausse couche. Elle voulait tellement un enfant:
“J’aurai préféré ne pas savoir…”
Je le savais. C’est une amie, elle a compris toute seule. J’espère avoir été un peu mieux préparé que les fois d’avant, mais ça, je ne le sais pas.
Comme disait Jean: “Je sais… Je sais qu’on ne sait jamais”
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